La démocratie directe

Bonjour, nous allons nous intéresser au concept de démocratie directe, voir ce qu’il a d’illusoire dans la société française actuelle. Mais pour ne pas être totalement négatifs nous introduirons le concept constituante citoyenne, qui donne un chemin à ceux qui veulent vivre en démocratie directe.

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Alors d’abord, de quoi parlons-nous ? La démocratie directe, ou démocratie pour certains, est un système politique qui a fonctionné à Athènes entre le Vème et le IIIème siècle avant notre ère. À l’époque et à cet endroit, les citoyens habilités à porter les armes votent directement les lois, il définissent même l’ordre du jour de l’Assemblée, appelée Ecclesia. Bien entendu, les esclaves n’ont pas besoin de porter les armes pour l’accomplissement de leurs tâches, pas plus que les étrangers, les métèques du reste. Quant-aux femmes, elles sont déjà suffisamment redoutables comme ça.

Alors, on voit bien que pour cette raison, la démocratie directe est complètement impossible en France, car les citoyens étant désarmés, ils ne peuvent faire respecter quoi que ce soit de politique qui ne leur soit reconnu par la Constitution. On le voit par exemple le 4 février 2008, lorsque le Congrès piétine la résolution référendaire du 29 mai 2005. Autour du château de Versailles, des mécontents qui manifestent, mais cela ne change strictement rien face à l’arbitraire présidentiel.

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Une autre raison qui rend illusoire toute velléité pour la démocratie directe, c’est le nombre. Une démocratie directe avec 30000 citoyens athéniens armés, cela peut se comprendre, mais avec 60 000 000 de Français libres et égaux en théorie c’est tout de suite plus compliqué. Les humeurs du peuple étant changeantes au gré des émotions partagées, il est à craindre que les ordres, contres-ordres, seraient encore plus légions que ceux dispensés par notre gouvernement préféré. Enfin, ouvrez les yeux, la démocratie est garante du respect de la volonté populaire, mais certainement pas de l’efficacité de l’état.

Or l’efficacité de l’état, c’est important tout de même. S’il n’est pas efficace, il ne sert à rien. Or, et nous pouvons être fiers de cela en France, la Constitution ne met pas d’entrave significative à l’efficacité de l’état. Déjà, on sait qui est le chef. Je fais cette remarque, car chez d’autres peuples pourtant plus puissants mais organisés en fédérations, la question est beaucoup plus délicate. On le voit notamment dans les difficultés actuelles aux États-Unis d’Amérique. Mais aussi dans la protection sociale, qui est beaucoup plus avancée en France que chez l’oncle Sam.

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Alors me direz-vous, quel est le problème ? Ben le problème vous le savez bien, c’est la corruption des élus. Et c’est pour cela même que des gens qui découvrent la politique sont tant séduits par l’idée de la faire sans élu, en démocratie directe. Ce à quoi je réponds, soit, mais pourquoi ne pas prendre le problème à la racine, et s’attaquer à la corruption des élus ? Parce que franchement, le peuple n’est pas très honnête lorsqu’il se plaint de la corruption des élus, car les élus, c’est lui qui les choisit. Donc le peuple, c’est le mec qui fait mal son travail et qui après dit que c’est de la faute des autres.

Qu’il faudrait faire sans eux… Non, je pense réellement qu’il faut prendre la chose de manière plus apaisée, et qu’il faut demander au peuple ce qu’il empêche de choisir plus correctement ses élus. Alors bon, nous n’allons pas répondre à la place du peuple, mais munis d’une certaine expérience pratique de la chose, nous savons nous, ce qui nous empêche parfois de bien choisir.

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Déjà le choix, ce n’est pas nous qui choisissons les candidats, ce sont les partis. Cela est particulièrement vrai aux Présidentielles et aux législatives. Mais on retrouve cela dans des scrutins plus locaux comme les régionales ou les départementales. Avec il est vrai une exception de taille au municipales dans les petites communes, où ce sont des citoyens non encartés qui incitent la bonne poire des lieux à se présenter.

Le choix, que pouvons nous faire là dessus ? Pas facile de répondre, mais les citoyens concernés peuvent trouver des moyens pour désigner de bonnes candidatures citoyennes. Il peuvent par exemple, comme la loi le permet le plus souvent, demander aux mairies les listes électorales des communes de la circonscription. Et par la suite tirer au sort quelques électeurs de la circonscription, leur demander individuellement qui ils verraient bien conseiller départemental par exemple. Enfin, parmi les candidats consentants, stimuler ceux qui ont le plus conscience des enjeux et des difficultés.

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Mais le manque de candidatures citoyennes n’est pas la seule chose qui le restreint dans son choix. Car le peuple, son choix, il est dans ce qu’il voit. Donc la question est aussi celle des candidatures visibles. Alors, comment rendre visible une candidature citoyenne ? La réponse la plus simple, c’est qu’il suffit qu’elle soit soutenue par un parti. Je ne parle pas de candidature de parti, je parle de candidature individuelle soutenue par un parti. Quoique, cela peut aussi être la candidature d’un parti, après tout, les politiciens ne sont pas forcément tous pourris.

Car en fait, ce qui les pourrit, c’est ce à quoi ils doivent leur élection. Or plus ils doivent tout à leur parti, plus ils sont dans la main de ceux qui aident le parti. C’est pourquoi une petite légitimité citoyenne, même si elle ne vient que d’un citoyen tiré au sort sur les listes électorales, peut aider à faire la différence entre plusieurs apparatchiks prétendants à l’investiture. Mais dans ce cas, le candidat doit beaucoup au tiré au sort, ce Français lambda qui l’a désigné. À lui de s’en souvenir.

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Voilà, c’est ce qui s’appelle la constituante citoyenne : des citoyens aident le peuple à choisir ses représentants. Tout cela reste informel, car sitôt cela deviendrait formel, sitôt le pouvoir en place s’en emparerait pour resserrer les liens de la dictature. Par contre, les citoyens qui se bougent les fesses pour aider leurs concitoyens à voter, eux font usage de leur pouvoir qui n’est pas que de voter. Eux sont dans la démocratie directe.

Pour le RIC invisible

Je suis pour le RIC invisible. Invisible, ça veut dire invisible dans la constitution. Vous pourrez me demander : pourquoi ?

Dans ce cas, moi aussi je pourrai vous poser une question. Car après tout, si vous m’en posez une, pourquoi ne pourrais-je pas faire de même ? Surtout qu’il y a peut-être une autre question que vous souhaiteriez me poser : le RIC invisible, c’est quoi ?

Chaque chose en son temps.

Commencez par répondre, vous.

Voici ma question, ma première question : avez-vous l’impression que l’action des politiques a tendance à être dictée par les financiers multinationaux, et que en fait le capital règne sur nos pays ?

Si votre réponse est non, désolé de vous avoir importuné, vous pouvez quitter cet article.

Si votre réponse est oui, alors je vous pose une deuxième question. Après je réponds aux vôtres, promis.

Dites-moi, où est-il écrit dans la constitution que les financiers vont écrire les lois ? Où est-il écrit dans la constitution que l’argent est Roi ?

Ici, donc, deux possibilités. Soit vous savez, et alors ça tombe bien parce que moi je ne sais pas, et vous pouvez nous faire profiter de vos lumières dans la section commentaires en dessous de cet article.

Soit vous dites « nulle part », et auquel cas je vous accorde que je suis tout-à-fait d’accord avec vous sur ce point.

C’est donc à mon tour de prendre la parole et de répondre à vos interrogations.

Alors, pourquoi le RIC invisible ? Parce que l’important n’est pas qu’il soit dans la constitution, mais qu’il soit effectif. De la même manière que l’argent règne dans nos pays sans être mentionné dans la constitution, le RIC doit s’effectuer sans y laisser de trace. Ou très peu.

Le RIC invisible, c’est quoi ? Comment ça marche ?

Alors en fait, il se base sur une procédure qui existe déjà dans la constitution, et qui a d’ailleurs été expérimentée il n’y a pas si longtemps. Je pense au référendum d’initiative partagée — d’initiative parlementaire en fait — qui précise qu’à l’initiative d’un cinquième des députés de l’Assemblée Nationale, et si ces derniers sont soutenus par une dixième du corps électoral, alors on peut organiser un référendum portant sur la question posée par les députés.

Vous pourrez me dire, oulà, mais il y a embrouille là, car l’initiative et le choix de la question sont parlementaires, il n’y a pas vraiment d’initiative citoyenne là dedans.

C’est vrai, mais il y a un tout petit changement qui pourrait faire que l’initiative en serait citoyenne. Un tout petit changement non constitutionnel, mais simplement factuel. En fait il suffirait que les députés représentent les citoyens. Vraiment.

Alors, me direz-vous, n’est-ce pas déjà le cas ?

Non.

Non, c’est impossible, car la manière dont ils sont élus les met dans la main du capital. Vous pourrez toujours exhiber deux-trois députés ça et là qui semblent faire leur travail, mais la grande majorité des députés est corrompue. La preuve, elle a voté le CETA.

D’ailleurs, on le remarque bien, les citoyens tirés au sort de la convention sur le climat ont parmi leurs 149 propositions émis le souhait de renégocier ce traité transatlantique, donc de le refuser en l’état, mais Macron a dit non. Il a été élu pour cela d’ailleurs. Il a été aidé par les milliardaires car il était le seul candidat aux présidentielles ouvertement favorable au CETA.

Mais les citoyens, eux, sont contre le CETA, une fois que l’on leur a expliqué de quoi il s’agit. Mais ce n’est pas l’objet de cet article.

Là, on en est où au fait ?

Ah oui, si les députés représentaient les citoyens, alors la volonté des citoyens serait portée par les députés qui pourraient enclencher des référenda de part le dispositif existant déjà dans la constitution.

Mais tout cela est encore très vague, ce n’est pas assez concret. C’est, gazeux, comme dirait Moscovici.

Parce que la volonté des citoyens, ça ne veut pas dire grand chose. De quels citoyens parle-t-on ? 50 millions de citoyens vont-ils discuter entre eux pour exprimer quelle est leur volonté ? Cela n’a pas de sens. Tout le monde n’a pas le temps ou l’envie de parler en permanence de sa volonté politique. Car la vie politique n’est qu’une toute petite partie de la vie. Il y a la vie affective, la vie familiale, la vie professionnelle, quand on a la chance d’avoir un travail, la vie spirituelle quand on veut bien s’y intéresser, qui sont beaucoup plus importantes.

Non, pour que ce soit concret, il faut que ce soit discrétisé. N’attendons rien de la masse informe. Écoutons les citoyens concrets.

Là dessus d’ailleurs, faisons comme Macron. Tirons au sort des citoyens. Mais tirons-les directement au sort sur les listes électorales. Et pas 150. Parce que 150 c’est arbitraire. Mais 577. Car 577 c’est le nombre de députés. 577 c’est le nombre de sièges au Palais Bourbon, là où sont assis les députés. C’est concret.

Et ces 577 citoyens tirés au sort sur les listes électorales, qu’est-ce qu’ils font ? Eh bien si on veut qu’ils soient écoutés par les députés, ce sont eux qui doivent les désigner. Ainsi les députés, au lieu de relayer les désirs des milliardaires qui les ont fait élire, relayeront les préoccupations des citoyens qui les auront concrètement élus.

En quelque sorte, ces 577 citoyens doivent être de grands électeurs.

C’est ça, le RIC invisible.

Ce que nous dit l’affaire Griveaux

Il s’agit bien entendu d’un titre mensonger, comme tout dans cette affaire. L’affaire ne dit rien en elle-même, elle est la simple expression de ce qui se passe à l’heure actuelle. Le plus important pour nous simples citoyens est d’en connaître les bonnes et les mauvaises conséquences pour notre quotidien.

Et puisque que vous êtes ici sur un blog assez critique sur le concept d’élection de masse, nous allons taper, sans surprise, sur le concept d’élection de masse.

Les faits

Alors, le rappel des faits. Un candidat à la Mairie de Paris se présentait comme un modèle de vertu familiale. Or, ont été publiées des vidéo compromettantes insinuant qu’il trompait sa femme. Bon, la première chose qui vient à l’esprit, c’est que cela rappelle une autre affaire, celle d’un candidat à la présidentielle, qui se présentait comme un modèle de vertu républicaine. Ou, pour être plus précis, qui n’hésitait pas à faire des remarques désobligeantes sur les possibles mises en examen d’autrui.

Donc, ce type d’affaire n’est pas nouveau ; et il risque de se multiplier.

Les avantages

Regardons-en d’abord les avantages. Le premier d’entre eux, c’est que cela fragilise La République En Marche, très vilain parti présidentiel hostile à la souveraineté de la France ; du coup hostile à la France tout court. Pour le comprendre il faut remettre ces élections municipales dans le cadre plus large des institutions françaises, qui normalement auraient du nous protéger des débordements du mondialisme ambiant.

Donc oui, il faut rappeler que les conseillers municipaux élisent les sénateurs, et que les sénateurs sont notre dernière toute petite chance d’échapper au CETA. Et que une fois le CETA passé ce sont les TAFTA, JEFTA et autres qui vont précipiter la fin de la souveraineté française à coup de lois payantes. En effet, le CETA — traité dit de libre échange entre le Canada et l’Union Européenne — prévoit que même si des consommateurs français trouvent qu’un produit en provenance du Canada est dangereux et qu’il vaudrait mieux l’interdire à la vente en France, et que lesdits consommateurs arrivent à convaincre les députés ou le gouvernement qu’il faut réglementer dans ce sens, eh ben non.

Le ver est dans le fruit

Eh ben non, parce que la France aura certes le droit d’interdire l’importation de produits qu’elle estimera dangereux, mais elle s’exposera alors à des sanctions financières pour réparer le préjudice subit par l’industriel canadien du fait du manque à gagner. Et c’est le contribuable français qui payera, bien entendu, c’est pourquoi l’on parle de concept de lois payantes. Alors évidemment dans le texte du CETA cela s’appelle « mécanisme de protection des investissements », mais ça c’est la langue des financiers multinationaux. Nous dans la langue des peuples et des citoyens cela s’appelle lois payantes.

Et ce n’est pas tout, ou plutôt ce n’est que l’arbre qui cache la forêt. Oui, cher lecteur, ne résistez pas à l’appel de la forêt. C’est un peu effrayant, certes, mais cela vaut le détour.

Le gentil mondialisme

En effet, il faut rappeler un peu ce qu’est la mondialisation néo-libérale. Et le carcan des règles de l’OMC. Qui n’ont rien de libérales d’ailleurs, il s’agit tout simplement d’outils de prédation. Le mécanisme le plus vicieux de l’affaire étant sans doute celui qui restreint la liberté des zones commerciales lorsqu’elles contractent entre elles. En effet si une zone A et une zone B établissent entre elles un traité de libre échange T, eh bien ces deux zones ne pourront plus refuser aux zones C, D, E, F, etc. une clause contenue dans T.

Ce qui veut dire que si la France dit oui au Canada, elle ne pourra plus dire non au Japon, aux État-Unis d’Amérique, au Vietnam, aux pays d’Amérique du Sud, et j’en passe.

Bref, rapidement, la France devra payer même les produits qu’elle ne veut pas acheter, c’est ce qu’on appelle de la vente forcée. Et Emmanuel Macron (tiens, même initiales que En Marche et Élections de Masse) était le seul candidat à l’Élection présidentielle ouvertement favorable au CETA. Si bien qu’il n’est pas exagéré de dire que chaque voix pour LREM sera un voix contre la France.

Alors, dans ces conditions, on pourrait se dire « Chouette ! », l’affaire Griveaux fragilise quelque peu LREM pour les sénatoriales.

Le problème, c’est qu’un danger encore plus grand nous guette. Oui, il y a pire que la perte de cette liberté collective que l’on appelle la souveraineté. Il y a la perte de libertés individuelles.

Les libertés individuelles

Et la liberté d’expression sur les réseaux sociaux n’est pas la plus petite d’entre elles. En effet il faut bien voir la très grande différence entre l’affaire Fillon et l’affaire Griveaux. Dans le premier cas, elle arrange le grand capital. Dans le second ce n’est pas le cas.

Oui ce qu’il faut voir c’est que dans le premier cas le grand capital était tout content que les citoyens relayent abondamment les nouvelles de Télé-Drahi sur les réseaux sociaux, car il préférait un banquier comme Pompidou à un catholique comme Fillon. Mais là c’est très différent car ce n’est pas dans l’intérêt des puissants que LREM perde de l’influence.

On voit donc sur les médias de masse les journalistes bien dressés prendre fait et cause pour le malheureux Griveaux, victime d’une intolérable atteinte à sa vie privée. Mais plus grave on voit des députés serviles demander des comptes à Twitter pour avoir relayé des messages défavorables à leur parti. Une députée pense même tout haut qu’il faudrait interdire la plateforme en question. Oui, il vaut mieux punir que guérir.

Les nouveaux moyens d’expression individuelle

D’ailleurs si elle est la seule concernée pour l’instant, c’est que les autres, Google, Youtube et Facebook ont déjà des accords pour limiter la diffusion de pensées dissidentes et d’informations compromettantes. Que reçoivent-elles en échange ? Rien, bien entendu, sinon des oreilles particulièrement attentives et bienveillantes dès qu’il s’agira de solliciter quelque indulgence fiscale auprès de Bercy.

Et donc on voit déjà les algorithmes de Facebook augmenter la visibilité relative de contenus sans saveur, sans danger pour le système en place. On le voit d’ailleurs aussi fermer des comptes, comme ça, parce que leurs titulaires ne pensent pas toujours comme il faut. Il en est de même pour Youtube qui s’amuse à fermer des comptes et à référencer le moins possibles les vidéos qui ne font pas plaisir à Macron.

Les gentils n’ont rien à craindre

Alors vous pouvez vous dire que vous ne risquez rien. Que si vous n’avez que des opinions gentilles et pas des opinions méchantes vous pourrez continuer à vous exprimer librement sur les réseaux sociaux. Sauf que, ce genre de chose, on sait très bien où ça commence mais personne ne sait où ça finit.

Le mieux avant de s’enfoncer dans de regrettables pensées est de revenir aux fondamentaux et d’étudier la racine du problème. Et le problème ce n’est pas le grand capital, car le grand capital c’est une force en présence.

L’élection de masse

Non, le problème c’est que les candidats aux élections de masse sont exposés. Ils sont exposés, donc ils sont en position de faiblesse. Ils sont en position de faiblesse donc ils ont besoin du grand capital pour exister.

Alors que celui qui devrait être exposé, c’est le votant ! En effet, tant que le votant n’est pas exposé il est par nature irresponsable. Et tant que le votant est irresponsable devant le citoyen, l’élu n’a aucune raison d’être responsable devant le votant. Non, l’élu est uniquement responsable devant le capital dont les médias de diffusion de masse ont été utiles pour son élection. Ils l’ont présenté sous un meilleur profil que ses concurrents.

Du coup l’élu a une dette envers le capital, et qui paye ses dettes s’enrichit.

Le débat

Alors vous allez me dire que je raconte n’importe quoi, et que l’élu est évidemment responsable devant ses électeurs, puisque si ces derniers sont mécontents ils ne le rééliront pas. Ce que je vous réponds c’est que c’est vous qui n’êtes pas sérieux si vous avez des pensées pareilles.

On pouvait penser de la sorte il y a quelques siècles lorsque le peuple n’avait d’expérience significative de l’élection de masse. Ce que je dis, c’est que si il en était ainsi les élus seraient presque toujours meilleurs que ceux de la génération précédente. En effet, les électeurs auraient tout loisir d’éprouver les faiblesses des uns pour ensuite en choisir d’ autres plus à même de servir l’intérêt général.

La pensée magique n’est pas toujours là où on le croit

Non mais là vous êtes en pleine pensée magique, où d’élection de masse en élection de masse, la masse sélectionne de proche en proche l’élu parfait correspondant au profil optimal du candidat qui tiendra ses promesses.

Le problème de cette approche, c’est qu’on ne parle pas de votants, mais de bulots. Sinon, comment expliquer cette évolution qui va du Général de Gaulle, se poursuit par Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, et maintenant Macron ???

D’un point de vue scientifique il ne faut pas oublier que les expériences comportementales ont bien mis en évidence ce qui régissait les processus de décision : ce n’est pas le raisonnement, mais l’habitude. C’est pour cela qu’elles sont si dures à changer.

Le raisonnement a moins d’influence qu’on le dit

Le raisonnement, lui, pourra se baser sur des valeurs personnelles, mais il ne sert qu’à justifier le vote. Il nous sert à avoir bonne conscience, peu importe la crapule — que nous ne connaissons pas — pour laquelle nous avons voté. Puisque nous avons notre raison pour justifier notre choix à coup de pensées subtiles, édifiantes, lumineuses auprès de notre entourage et surtout devant nous-même.

Or, statistiquement, d’où vient l’habitude dans le cadre des élections de masse ? De la télévision, de la radio et autres canaux de diffusion de masse qui impriment les noms des candidats plus ou moins durablement dans votre cerveau qui, je vous l’accorde, avait sans doute d’autres chats à fouetter.

Mais il ressort de cette démonstration que tant que l’élection de masse existera, le capital dominera, les deux sont indissociables.

Lettre à Machiavel au sujet du RIC

Cher Machiavel,

 

Il me plaît de poursuivre notre discussion ici.

Elle a trait au référendum d’initiative citoyenne (RIC), que la mouvance chouariste appelle de ses vœux.

Je ne suis pas contre le principe que de simples citoyens puissent initier des référenda ; et d’ailleurs que ce soit soit dans la missive du Prince ou dans les dernières déclarations de ses valets, nous sentons le vent tourner en faveur d’une possible implication des citoyens dans les affaires de leur pays.

Nos points de vue divergent cependant quant-à la forme.

Pour vous cher Machiavel, non seulement le RIC doit être explicitement inscrit dans la Constitution, mais cette dernière doit fournir des garanties quant-à sa bonne exécution, des protections contre les possibles manipulations dont il pourra faire l’objet.

Mon opinion vous l’aurez compris est inverse : il suffit de changer le mode de désignation des représentants du peuple, pour que ces derniers soient plus enclins à relayer les initiatives citoyennes.

Aussi, dans un premier temps, et comme le veut la tradition argumentative, je parcourrai les quatre types de RIC dans l’ordre croissant de mes doutes à leur égard. Puis, en dépit de mon affection pour vous j’insisterai sur le fait que d’après moi votre discours n’est pas, vraiment pas réaliste, il en est même dangereux. Cela fait, cette lettre se soldera par une tentative d’élévation du débat, qui débouchera sur la présentation de certains aspects de ma proposition.

Mais pour commencer, il est à noter que le RIC est la seule modalité légitime pour changer la Constitution. En effet, ce n’est pas aux hommes de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. Une telle évidence pourra être partagée par le plus grand nombre, il n’y a que ceux qui sont déjà bien enivrés par le pouvoir qui ne sont pas forcément de cet avis.

Cependant la question est de savoir s’il est pertinent de changer la constitution. Je ne le pense pas, elle a déjà été changée pas mal de fois au cours de la Vème République, avec le résultat que l’on sait, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Ne nous étendons pas là dessus maintenant, nous aurons l’occasion d’en rediscuter.

Vient ensuite le référendum révocatoire. Là encore, je ne puis avancer quelque objection de fond, étant donné que ce que le peuple a fait, seul le peuple peut le défaire. Les gens élisent des représentants, ils peuvent les révoquer c’est logique.

Le soucis c’est que l’impatience, si elle est une belle vertu dans le monde professionnel, notamment chez l’informaticien qui accélère le travail des machines ; cette même impatience est très dangereuse en politique, bien que le mot « attendre » n’y existe pas : et c’est bien là le piège d’ailleurs. N’oublions pas que les élus sont des êtres humains, pas des machines.

Alors, quid du référendum abrogatoire ?

C’est une perte de temps. De toute façon, si la caste politico-médiatique a décidé d’un dispositif législatif pour faire avancer ses intérêts, elle le restaurera, sous une autre forme, même après abrogation populaire. Le peuple lui, est occupé à créer de la richesse pour subsister, il n’a pas le temps pour s’immiscer dans des querelles sans fin.

Et même punition pour le référendum législatif, si une loi est contraire aux intérêts des puissants, elle sera contournée, balayée, écrasée par ces derniers.

Mais ce n’est pas le plus important.

Le plus important c’est que votre discours est dangereux car il n’est pas réaliste.

Reprenons.

Il est évident que les puissances d’argent feront tout pour influer sur le résultat des référenda, si la question touche à leurs intérêts. Deux cas se présentent alors : elles gagnent ou elles perdent. Si elles gagnent, leurs intérêts voient leur légitimité renforcée par le sceau de la volonté populaire. Si elles perdent, elles n’auront qu’à donner un petit susucre à quelque politicien, la catastrophe du 4 février 2008 en est un bel exemple.

Alors vous me dites, oui mais il faut justement modifier la constitution pour que cette dernière garantisse une non-ingérence des médias détenus par les milliardaires durant le processus référendaire. Non mais Maqiavel, franchement, sur quelle planète vivez-vous ?

D’une part, ça ne répond pas complètement à la question, d’autre part bon courage pour changer la constitution dans ce sens, et enfin, avez-vous une autre solution que l’expropriation ? Ah si, vous avez parlé, si je me souviens bien, du « média du RIC ». Pourquoi pas, mais que ce passera-t-il si les puissances d’argent arrivent malgré tout à contrôler ce média ? C’est pire.

Je connais votre discours, il existe un antidote, une baguette magique, qui permet de couper le lien entre l’argent et le pouvoir politique. On devrait plutôt parler de ciseau magique du coup. Il s’agit du tirage au sort. Et je suis d’accord avec ça.

Le problème c’est qu’un média de masse n’est pas seulement une affaire de bonne volonté. Il faut des compétences, des gens rémunérés, du matériel. Je vois certes comme vous de nombreux blogueurs très talentueux, et ça me donne espoir, mais d’un autre côté je n’oublie pas que le pouvoir est une drogue, et qu’un média du RIC serait très haut dans le pouvoir.

Je trouve que votre discours est très dangereux.

Alors passons au mien maintenant si vous voulez bien.

Déjà dire d’où il vient.

Il vient de la langue française, et c’est important car la langue est le reflet d’un peuple.

Plus précisément il vient des sémiologues des années 80 qui ont théorisé les trois modalités de l’action, qu’elle soit politique donc collective ou individuelle. Il s’agit du Pouvoir, du Savoir et du Vouloir. Et le problème français, c’est que le Vouloir est captif du Pouvoir.

Vu de plus près, on voit des citoyens ligotés politiquement, et ne me dites pas que vous voyez autre chose, je vous ai posé explicitement la question de savoir s’il « s’agit de pouvoir bouger au moins quelque chose, ne serait-ce qu’un petit doigt pour donner du jeu au cordage ». Et vous avez répondu : « Tout à fait , je partage à 100 % cette façon de voir ».

Nous y voilà.

Il ne reste plus qu’à demander son avis au Savoir.

C’est très simple, la solution est dans le lâcher-prise du plus grand nombre au profit de 577 grands électeurs qui pourront manipuler le cordage dans de meilleures conditions, c’est-à-dire choisir les députés avec le plus grand soin.

Mais puisqu’en France le cens n’a pas de sens, il n’y a pas d’autre procédure que le tirage au sort dans les listes électorales pour constituer le collège de grands électeurs. Nous ne saurions accepter d’ailleurs, aucune forme de discrimination, qu’elle soit de genre, de race, ou d’opinion politique.

Mais quitte à donner du jeu au cordage, allons-y vraiment.

Organisons des élections populaires, libres, c’est-à-dire sans candidat. Quittons le cirque électoral pour rejoindre le domaine de la démarche civique, celle où l’électeur cherche quelqu’un pour le représenter à l’Assemblée Nationale, discute peut-être un peu avec lui pour lui demander son avis et lui faire comprendre qu’un élu perd toute légitimité sitôt que son électeur déclare ne plus se sentir représenté.

Cela permet aussi à un électeur de se choisir lui-même, car c’est bien connu, on est jamais mieux représenté que par soi-même. Ou au contraire, s’il refuse de porter une telle responsabilité – ce qui est son droit – il peut faire ce qu’il fait déjà maintenant, c’est-à-dire ne pas voter, et laisser par là même un siège vide à l’assemblée, qui nous coûtera moins cher.

Écharpe jaune

C’était il y a seize ans au Brésil, à Fortaleza. Pour la première fois sans doute je tenais un micro en public. Un public assez spécialisé en fait, il s’agissait d’une conférence sur les dialogues indigènes. À la tribune des représentants de tribus, de mouvements de défense de cultures ancestrales, parfois impliqués dans la lutte politique. Et moi dans le public je ne sais plus quelle question j’avais voulu leur poser, mais ce dont je me souviens clairement, c’est que ma main tremblait horriblement, le micro lui faisait cet effet-là.

Ce dont je me souviens aussi, c’est mon achat après la conférence. Bien qu’alors à cet endroit il ne faisait jamais moins de 26 degrés même en plein cœur de la nuit – je prenais trois douches par jour – je fus attiré par un stand écharpes. Ça pourra être utile à mon retour en France. Des écharpes assez particulières en fait, elles ont été confectionnées dans je ne sais quelle tribu d’Amazonie (ou d’autre part d’ailleurs), elles sont de différentes couleurs. Dans cette tribu la couleur de l’écharpe correspond à la position sociale au sein de la communauté.

Je suis tout de suite intéressé par l’écharpe rouge, celle des notables. Malheureusement il n’y en a plus ; et ils ne me vendront pas celle du présentoir. Pour moi il reste une écharpe jaune, celle du simple citoyen. Elle est très belle. Mais moi j’aurais quand même préféré l’écharpe rouge, celle du notable. D’un autre côté j’échappe à l’écharpe violette, celle du vieillard sur le chemin de la mort, ou pire ; la bleue, celle de la femme enceinte. Elle est pas mal en fait la jaune, oui, va pour l’écharpe du simple citoyen.

De retour en France elle intègre mon armoire où elle jouera un rôle important dans ma vie spirituelle. Mais, peu soucieux de mes affaires, je la perds quelques saisons plus tard dans un train régional du Nord de la France. Je l’oublie sur la banquette, tout simplement.

Bon, alors, pourquoi je vous raconte tout ça, à votre avis ?

Par ce que dans le débat qui s’annonce il est un sujet sur lequel il ne faudra pas trop écouter les écharpes rouges, c’est celui de la réforme des institutions. En effet ce n’est pas aux hommes de pouvoir d’écrire les règles du pouvoir. La constitution c’est un peu comme des règles du jeu d’un jeu de société, est-ce que vous accepteriez de jouer à un jeu dont les règles sont écrites au fur et à mesure par un joueur qui a une position et des intérêts particuliers dans ledit jeu ? Non, c’est enfantin, bien entendu.

Et pourtant les gens élisent des gens qui modifient régulièrement la constitution, on doit en être à une bonne dizaine de révisions depuis le début de la Vème République. Mais c’est une aberration dont prennent conscience, notamment les gilets jaunes et ceux qui les soutiennent. Le problème, c’est que le système électif n’est pas adapté à un pays de plusieurs dizaines millions d’habitants. Il mène inévitablement à une oligarchie ploutocratique, puisque ceux qui ont des capitaux peuvent acheter la presse et par là influencer l’opinion publique.

Plutôt que de système représentatif, on parle de démocratie de marché.

Alors, quelle est la solution ?

On peut déjà voir ce qu’ont entrepris d’autres peuples pour résoudre des problèmes similaires. Le premier exemple qui vient en tête est celui de l’Islande, où ils ont tout de même réussi à mettre des banquiers en prison. Mais l’Islande est une île, peuplée de moins de 400 mille habitants, difficile de comparer avec notre pays. D’autre part, l’Islande n’est pas dans l’Union Européenne, détail qui a son importance.

La Colombie-Britannique par contre, constitue un cadre déjà plus adapté pour trouver un précédent transposable à notre situation. Cette province du Canada est au moins dix fois plus peuplée que l’Islande, et, en 2004, suite à une crise politique, les élus ont accepté qu’une assemblée de citoyens tirés au sort débatte du système de désignation des représentants politiques. La proposition issue des discussions fut ensuite soumise à référendum, qui pour la peine, peut bien être qualifié d’initiative citoyenne.

En France qu’est-ce que cela pourrait donner ? Il faudrait déjà préciser de quoi on parle. Déjà, l’élection est assez adaptée pour attribuer un mandat de maire dans une petite commune, puisque les gens se connaissent et du coup ils connaissent même certains candidats, ils votent en connaissance de cause. À l’inverse le Président de la République est élu au suffrage universel direct. Je pense que c’est une très grosse connerie, mais ça a été approuvé par référendum, on ne va pas revenir dessus.

Reste le cas des députés, ces soi-disant représentants de la Nation, je dis soi-disant car de véritables représentants du peuple n’auraient pas permis à un gouvernement de s’entêter sur cette affaire de taxe sur les carburants. On aurait évité bien des violences et des dégradations. Ils portent une très lourde responsabilité dans cette affaire, mais ne comptez pas sur eux pour le reconnaître, ce sont les élites, il ne manquent pas d’air.

Ce que je propose c’est l’élection des députés par des grands électeurs tirés au sort sur les listes électorales. En effet il n’est pas réaliste que toute une population puisse choisir ses représentants en connaissance de cause. Déjà on ne connaît pas personnellement les candidats, en dépit de l’illusion suggérée par les médias de masse, et d’autre part, rares sont ceux qui ont le temps de sérieusement comparer et d’étudier les promesses des candidats, qui n’engagent, c’est bien connu, que ceux qui y croient.

À l’inverse, le système de grand électeur – un par représentant – permet d’allouer des ressources pour que le citoyen puisse se faire une opinion éclairée. D’autre part le grand électeur sait que son choix va compter et qu’il va être public, donc il a intérêt à agir avec un minimum de sérieux. Par contre, qui dit élection ne dit pas forcément candidat. On peut très bien faire des élections sans candidat. Après, si un grand électeur ne trouve personne qui accepte de le représenter à l’Assemblée Nationale, et bien il peut soit se désigner lui-même, soit ne pas être représenté.

Ça ne sert à rien de dramatiser.