La démocratie directe

Bonjour, nous allons nous intéresser au concept de démocratie directe, voir ce qu’il a d’illusoire dans la société française actuelle. Mais pour ne pas être totalement négatifs nous introduirons le concept constituante citoyenne, qui donne un chemin à ceux qui veulent vivre en démocratie directe.

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Alors d’abord, de quoi parlons-nous ? La démocratie directe, ou démocratie pour certains, est un système politique qui a fonctionné à Athènes entre le Vème et le IIIème siècle avant notre ère. À l’époque et à cet endroit, les citoyens habilités à porter les armes votent directement les lois, il définissent même l’ordre du jour de l’Assemblée, appelée Ecclesia. Bien entendu, les esclaves n’ont pas besoin de porter les armes pour l’accomplissement de leurs tâches, pas plus que les étrangers, les métèques du reste. Quant-aux femmes, elles sont déjà suffisamment redoutables comme ça.

Alors, on voit bien que pour cette raison, la démocratie directe est complètement impossible en France, car les citoyens étant désarmés, ils ne peuvent faire respecter quoi que ce soit de politique qui ne leur soit reconnu par la Constitution. On le voit par exemple le 4 février 2008, lorsque le Congrès piétine la résolution référendaire du 29 mai 2005. Autour du château de Versailles, des mécontents qui manifestent, mais cela ne change strictement rien face à l’arbitraire présidentiel.

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Une autre raison qui rend illusoire toute velléité pour la démocratie directe, c’est le nombre. Une démocratie directe avec 30000 citoyens athéniens armés, cela peut se comprendre, mais avec 60 000 000 de Français libres et égaux en théorie c’est tout de suite plus compliqué. Les humeurs du peuple étant changeantes au gré des émotions partagées, il est à craindre que les ordres, contres-ordres, seraient encore plus légions que ceux dispensés par notre gouvernement préféré. Enfin, ouvrez les yeux, la démocratie est garante du respect de la volonté populaire, mais certainement pas de l’efficacité de l’état.

Or l’efficacité de l’état, c’est important tout de même. S’il n’est pas efficace, il ne sert à rien. Or, et nous pouvons être fiers de cela en France, la Constitution ne met pas d’entrave significative à l’efficacité de l’état. Déjà, on sait qui est le chef. Je fais cette remarque, car chez d’autres peuples pourtant plus puissants mais organisés en fédérations, la question est beaucoup plus délicate. On le voit notamment dans les difficultés actuelles aux États-Unis d’Amérique. Mais aussi dans la protection sociale, qui est beaucoup plus avancée en France que chez l’oncle Sam.

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Alors me direz-vous, quel est le problème ? Ben le problème vous le savez bien, c’est la corruption des élus. Et c’est pour cela même que des gens qui découvrent la politique sont tant séduits par l’idée de la faire sans élu, en démocratie directe. Ce à quoi je réponds, soit, mais pourquoi ne pas prendre le problème à la racine, et s’attaquer à la corruption des élus ? Parce que franchement, le peuple n’est pas très honnête lorsqu’il se plaint de la corruption des élus, car les élus, c’est lui qui les choisit. Donc le peuple, c’est le mec qui fait mal son travail et qui après dit que c’est de la faute des autres.

Qu’il faudrait faire sans eux… Non, je pense réellement qu’il faut prendre la chose de manière plus apaisée, et qu’il faut demander au peuple ce qu’il empêche de choisir plus correctement ses élus. Alors bon, nous n’allons pas répondre à la place du peuple, mais munis d’une certaine expérience pratique de la chose, nous savons nous, ce qui nous empêche parfois de bien choisir.

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Déjà le choix, ce n’est pas nous qui choisissons les candidats, ce sont les partis. Cela est particulièrement vrai aux Présidentielles et aux législatives. Mais on retrouve cela dans des scrutins plus locaux comme les régionales ou les départementales. Avec il est vrai une exception de taille au municipales dans les petites communes, où ce sont des citoyens non encartés qui incitent la bonne poire des lieux à se présenter.

Le choix, que pouvons nous faire là dessus ? Pas facile de répondre, mais les citoyens concernés peuvent trouver des moyens pour désigner de bonnes candidatures citoyennes. Il peuvent par exemple, comme la loi le permet le plus souvent, demander aux mairies les listes électorales des communes de la circonscription. Et par la suite tirer au sort quelques électeurs de la circonscription, leur demander individuellement qui ils verraient bien conseiller départemental par exemple. Enfin, parmi les candidats consentants, stimuler ceux qui ont le plus conscience des enjeux et des difficultés.

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Mais le manque de candidatures citoyennes n’est pas la seule chose qui le restreint dans son choix. Car le peuple, son choix, il est dans ce qu’il voit. Donc la question est aussi celle des candidatures visibles. Alors, comment rendre visible une candidature citoyenne ? La réponse la plus simple, c’est qu’il suffit qu’elle soit soutenue par un parti. Je ne parle pas de candidature de parti, je parle de candidature individuelle soutenue par un parti. Quoique, cela peut aussi être la candidature d’un parti, après tout, les politiciens ne sont pas forcément tous pourris.

Car en fait, ce qui les pourrit, c’est ce à quoi ils doivent leur élection. Or plus ils doivent tout à leur parti, plus ils sont dans la main de ceux qui aident le parti. C’est pourquoi une petite légitimité citoyenne, même si elle ne vient que d’un citoyen tiré au sort sur les listes électorales, peut aider à faire la différence entre plusieurs apparatchiks prétendants à l’investiture. Mais dans ce cas, le candidat doit beaucoup au tiré au sort, ce Français lambda qui l’a désigné. À lui de s’en souvenir.

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Voilà, c’est ce qui s’appelle la constituante citoyenne : des citoyens aident le peuple à choisir ses représentants. Tout cela reste informel, car sitôt cela deviendrait formel, sitôt le pouvoir en place s’en emparerait pour resserrer les liens de la dictature. Par contre, les citoyens qui se bougent les fesses pour aider leurs concitoyens à voter, eux font usage de leur pouvoir qui n’est pas que de voter. Eux sont dans la démocratie directe.

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