Pour le RIC invisible

Je suis pour le RIC invisible. Invisible, ça veut dire invisible dans la constitution. Vous pourrez me demander : pourquoi ?

Dans ce cas, moi aussi je pourrai vous poser une question. Car après tout, si vous m’en posez une, pourquoi ne pourrais-je pas faire de même ? Surtout qu’il y a peut-être une autre question que vous souhaiteriez me poser : le RIC invisible, c’est quoi ?

Chaque chose en son temps.

Commencez par répondre, vous.

Voici ma question, ma première question : avez-vous l’impression que l’action des politiques a tendance à être dictée par les financiers multinationaux, et que en fait le capital règne sur nos pays ?

Si votre réponse est non, désolé de vous avoir importuné, vous pouvez quitter cet article.

Si votre réponse est oui, alors je vous pose une deuxième question. Après je réponds aux vôtres, promis.

Dites-moi, où est-il écrit dans la constitution que les financiers vont écrire les lois ? Où est-il écrit dans la constitution que l’argent est Roi ?

Ici, donc, deux possibilités. Soit vous savez, et alors ça tombe bien parce que moi je ne sais pas, et vous pouvez nous faire profiter de vos lumières dans la section commentaires en dessous de cet article.

Soit vous dites « nulle part », et auquel cas je vous accorde que je suis tout-à-fait d’accord avec vous sur ce point.

C’est donc à mon tour de prendre la parole et de répondre à vos interrogations.

Alors, pourquoi le RIC invisible ? Parce que l’important n’est pas qu’il soit dans la constitution, mais qu’il soit effectif. De la même manière que l’argent règne dans nos pays sans être mentionné dans la constitution, le RIC doit s’effectuer sans y laisser de trace. Ou très peu.

Le RIC invisible, c’est quoi ? Comment ça marche ?

Alors en fait, il se base sur une procédure qui existe déjà dans la constitution, et qui a d’ailleurs été expérimentée il n’y a pas si longtemps. Je pense au référendum d’initiative partagée — d’initiative parlementaire en fait — qui précise qu’à l’initiative d’un cinquième des députés de l’Assemblée Nationale, et si ces derniers sont soutenus par une dixième du corps électoral, alors on peut organiser un référendum portant sur la question posée par les députés.

Vous pourrez me dire, oulà, mais il y a embrouille là, car l’initiative et le choix de la question sont parlementaires, il n’y a pas vraiment d’initiative citoyenne là dedans.

C’est vrai, mais il y a un tout petit changement qui pourrait faire que l’initiative en serait citoyenne. Un tout petit changement non constitutionnel, mais simplement factuel. En fait il suffirait que les députés représentent les citoyens. Vraiment.

Alors, me direz-vous, n’est-ce pas déjà le cas ?

Non.

Non, c’est impossible, car la manière dont ils sont élus les met dans la main du capital. Vous pourrez toujours exhiber deux-trois députés ça et là qui semblent faire leur travail, mais la grande majorité des députés est corrompue. La preuve, elle a voté le CETA.

D’ailleurs, on le remarque bien, les citoyens tirés au sort de la convention sur le climat ont parmi leurs 149 propositions émis le souhait de renégocier ce traité transatlantique, donc de le refuser en l’état, mais Macron a dit non. Il a été élu pour cela d’ailleurs. Il a été aidé par les milliardaires car il était le seul candidat aux présidentielles ouvertement favorable au CETA.

Mais les citoyens, eux, sont contre le CETA, une fois que l’on leur a expliqué de quoi il s’agit. Mais ce n’est pas l’objet de cet article.

Là, on en est où au fait ?

Ah oui, si les députés représentaient les citoyens, alors la volonté des citoyens serait portée par les députés qui pourraient enclencher des référenda de part le dispositif existant déjà dans la constitution.

Mais tout cela est encore très vague, ce n’est pas assez concret. C’est, gazeux, comme dirait Moscovici.

Parce que la volonté des citoyens, ça ne veut pas dire grand chose. De quels citoyens parle-t-on ? 50 millions de citoyens vont-ils discuter entre eux pour exprimer quelle est leur volonté ? Cela n’a pas de sens. Tout le monde n’a pas le temps ou l’envie de parler en permanence de sa volonté politique. Car la vie politique n’est qu’une toute petite partie de la vie. Il y a la vie affective, la vie familiale, la vie professionnelle, quand on a la chance d’avoir un travail, la vie spirituelle quand on veut bien s’y intéresser, qui sont beaucoup plus importantes.

Non, pour que ce soit concret, il faut que ce soit discrétisé. N’attendons rien de la masse informe. Écoutons les citoyens concrets.

Là dessus d’ailleurs, faisons comme Macron. Tirons au sort des citoyens. Mais tirons-les directement au sort sur les listes électorales. Et pas 150. Parce que 150 c’est arbitraire. Mais 577. Car 577 c’est le nombre de députés. 577 c’est le nombre de sièges au Palais Bourbon, là où sont assis les députés. C’est concret.

Et ces 577 citoyens tirés au sort sur les listes électorales, qu’est-ce qu’ils font ? Eh bien si on veut qu’ils soient écoutés par les députés, ce sont eux qui doivent les désigner. Ainsi les députés, au lieu de relayer les désirs des milliardaires qui les ont fait élire, relayeront les préoccupations des citoyens qui les auront concrètement élus.

En quelque sorte, ces 577 citoyens doivent être de grands électeurs.

C’est ça, le RIC invisible.

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